Page 59 - Revue Energie & Stratégie N° 72
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CONTRIBUTION DÉTÉRMINÉE AU NIVEAU NATIONAL CDN 3.0 DU MAROC
Bien qu’aucune définition officielle n’ait été adoptée dans le cadre de la CCNUCC, ils sont générale-
ment entendus comme les dommages dépassant les capacités d’atténuation et d’adaptation des
sociétés humaines et des écosystèmes. Cette notion de pertes et préjudices recouvre aussi bien
des pertes économiques que non économiques. Dans ce sens, le premier type fait référence aux
pertes quantifiables financièrement, telles que la destruction de logements, d’infrastructures, de
récoltes ou de moyens de subsistance. Tandis que le deuxième concerne les pertes qui ne peu-
vent être évaluées en termes monétaires, comme la perte de vies humaines, d’identité culturelle,
de territoires, ou de liens sociaux.
Au Maroc, la fréquence et l’intensité croissantes des événements climatiques extrêmes engen-
drent des pertes et préjudices humains, économiques et environnementaux majeurs. À ce propos,
les données historiques montrent que depuis 1984, environ 90 % des catastrophes enregistrées
dans le pays, ainsi que 72,5 % des pertes en vies humaines et 75 % des pertes économiques,
sont liées à des phénomènes hydrométéorologiques et climatiques, tels que les sécheresses,
les inondations et les tempêtes (IRES, 2011). Toutefois, en l’absence d’une base de données
nationale permettant le suivi et le rapportage de données fiables sur les pertes et préjudices, il
a été fait recours à des bases de données internationales en libre accès, ainsi qu’à des études
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complémentaires, lesquelles ne sont pas exhaustives. Plus précisément, EM-DAT a permis de
recenser les événements majeurs et les plus impactant survenus au Maroc entre 1960 et 2025,
tandis que UNDR-DesInventar (Sendai) a répertorié ceux enregistrés sur la période 1990 à 2014.
Le tableau ci-dessous récapitule les événements recensés à partir des deux bases de données
mentionnées.
DOSSIER 59
Pertes et préjudices liées aux principaux risques au Maroc
Tableau 6 : Pertes et préjudices liées aux principaux risques au Maroc
Nombre Pertes économiques
Risque d’événe- Décès Population af- totaux estimés (‘000 US
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fectée
ments $ courants)
o EM-DAT (1960 – 2025)
Inondation 33 1 568 640 237 330 200
Températures extrêmes 2 42 - 1 618
Sécheresse 3 0 412000 900 100
Glissement de terrain 2 16 12 216 0
Tempête 3 63 117 000 300 000
Cyclone 1 1 - 50
Vagues de froid 1 0 2 477 500 0
o UNDRR-DesInventar (Sendai) (1960-2014)
Inondation 84 1 360 121 (blessés) 1 950
Incendie de forêt 629 0 - 6 940
CONTRIBUTION DÉTÉRMINÉE AU NIVEAU NATIONAL CDN 3.0 DU MAROC
Événements climatiques extrêmes et leurs impacts enregistrés entre 2020 et 2024 (DGM)
Selon la base EM-DAT, les inondations apparaissent comme le risque le plus fréquent, avec
Tableau 7 : Événements climatiques extrêmes et leurs impacts enregistrés entre 2020 et 2024 (DGM)
33 événements ayant affecté 640 237 personnes, causant 1 568 décès et générant des pertes
Année
Pertes et préjudices enregistrés
Événements
économiques estimés à 330,2 millions USD (environ 3,3 milliards DH).
2020 Averses orageuses L’endommagement de près de 900 ha de cultures et plantes, compre-
nant des arbres fruitiers, des légumes et des céréales au niveau de
Bien que moins nombreuses, les sécheresses, (3 événements), ont touché 412 000 personnes
Fès-Meknès, Ifrane et Imouzzer.
et causé des pertes économiques importantes estimées à 900,1 millions USD (environ 9 milliards
- Dégâts matériels considérables : habitations inondées, routes cou-
Inondations (dues aux fortes
2021
DH). Les tempêtes (3 épisodes) ont provoqué 63 décès et touché 117 000 personnes, occasion-
pées, tunnels submergés, et véhicules endommagés ;
précipitations)
nant environ 300 millions USD de pertes économiques (environ 3 milliards DH). Les températures
- Pertes humaines importantes : 48 décès enregistrés dans une usine
6 Cette base de données recense les catastrophes lorsqu’un événement cause au moins dix décès, affecte au moins cent personnes, donne lieu à une déclaration officielle d’état
de textile submergée dans la région TTA,
d’urgence, ou fait l’objet d’un appel à l’aide internationale.
Incendies de forêt
7 Ceci ne comprend pas le taux d’inflation - Dégâts et atteintes de la couverture végétale sur une superficie
d’environ 2400 ha ;
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- Perte de palmiers estimée entre 4 000 et 4 500 palmiers.
2022 Inondations (dues aux fortes - 2 décès ont été enregistrés ;
précipitations)
- Endommagement et destructions de nombreuses infrastructures et
de nombreux véhicules.
Incendies de forêt - Dégâts et atteintes à la couverture végétale sur une superficie
d’environ 1 200 ha, dans un total de plus de 10 000 ha touchés ;
- Sept décès, dont trois pompiers et quatre civils.
2023 Averses orageuses Des crues ont engendré de grands dégâts matériels, ainsi que
l’interruption de la circulation.
Tempêtes de vent et de pous- La visibilité réduite dans plusieurs villes a perturbé la circulation
sière routière et autoroutière ainsi que le trafic aérien. Des accidents,
notamment sur l’autoroute Casablanca-Marrakech, ont été rapportés,
illustrant l’ampleur des défis engendrés par cet événement météorologique
extrême.
Incendies de forêt La superficie totale des zones affectées par les incendies de forêt
s’élève à 6425,71 ha.
2024 Vagues de chaleur 21 décès enregistrés en 24 heures dans la ville de Béni Mellal.
7.2. Pertes et préjudices par secteur
ENERGIE & STRA TÉGIE | 1 ER TRIMESTRES 2026
Les impacts du changement climatique au Maroc touchent l’ensemble des secteurs économiques
et sociaux, générant des pertes souvent supérieures aux capacités d’adaptation disponibles.
En ce qui concerne le secteur de l’eau, celui-ci se trouve en première ligne, avec des sécher-
esses prolongées provoquant une chute critique des retenues de barrages et une baisse de la
recharge des nappes. Par ailleurs, l’envasement entraîne une perte annuelle estimée à plusieurs
dizaines de millions de mètres cubes. À cela s’ajoutent des inondations récurrentes, identifiées
parmi les principaux risques climatiques selon le rapport du CESE (2023). Elles ont causé, à titre
d’exemple, plus de 100 morts à Ourika en 1995 et 47 morts à Guelmim en 2014 et ont entraîné
le déplacement de près de 22 000 personnes entre 2008 et 2024, selon le Centre de surveillance
des déplacements internes (Internal Displacement Monitoring Centre (IDMC)).
Ces événements ont également provoqué la suspension de nombreuses activités économiques
dans des villes comme Tanger, Casablanca ou Agadir. Cette situation justifie la mise en œuvre
d’un programme national de gestion des inondations, prévoyant un investissement de 5,7 milli-
ards de dirhams d’ici 2050 pour renforcer la résilience face à ce risque.
Pour ce qui est du secteur de l’agriculture, il est particulièrement exposé. La sécheresse de 2022,
la plus sévère depuis quatre décennies, a entraîné une forte baisse du PIB agricole, qui représente
14 % du PIB national. Elle a également provoqué des pertes atteignant jusqu’à 500 000 tonnes de
fruits par an dans plusieurs zones clés comme le Gharb, le Haouz ou le Saïss.
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