Page 57 - Revue Energie & Stratégie N° 73
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DOSSIER     57

          Depuis 2021, plus de 80 % de la croissance   pays et fondé sur 44 indicateurs, le Maroc   de volatilité des marchés et de dépendance
          de  la  demande  énergétique  provient   occupe cette année le 72e rang, avec un   aux importations.
          des  économies  émergentes  et  en  score global de 54,5 sur 100, légèrement   La région conserve toutefois un avantage
          développement, mais plus de 90 % des   inférieur à la moyenne mondiale  fixée à   historique en matière d’équité énergétique,
          investissements dans les énergies propres   57,3. Cette  performance  repose sur deux   avec un score élevé de 73,73, soutenu par
          ont été réalisés dans les économies   piliers essentiels. Le premier, celui de la   des ressources domestiques abondantes
          avancées et en Chine, ce qui révèle un   performance du système actuel, attribue   et des politiques tarifaires qui préservent
          décalage entre les  flux de capitaux et la   au Royaume un score de 58,4, reflétant un   l’accessibilité pour les ménages. En revanche,
          demande future.                   équilibre relativement solide entre sécurité   la durabilité environnementale, évaluée
          Les  pays  émergents  d’Europe  ont  énergétique,  équité  d’accès  et  durabilité   à 41,44, reste le point faible structurel
          enregistré les progrès les plus importants,   environnementale. C’est sur ce volet que le   de  la  zone,  en  raison  d’une  dépendance
          notamment dans les infrastructures   Maroc obtient ses meilleurs résultats, grâce   persistante aux combustibles fossiles
          (+8,3 %) et l’équité (+5,8 %). La Lettonie a   notamment à l’amélioration progressive   et d’une transition encore lente  vers des
          obtenu le score le plus élevé, tandis que   de son mix énergétique et à la stabilité de   modèles plus sobres en carbone.
          la Bosnie-Herzégovine a enregistré la plus   l’accès  à  l’électricité.
          forte croissance. Les pays émergents   Le second pilier, consacré à la préparation
          d’Asie,  sous l’impulsion de  la Chine,   à  la  transition,  attribue  au pays un  score  LES PRIORITÉS DU MAROC
          suivie de la Malaisie, ont enregistré des   de 48,6, révélant les limites structurelles   Le rapport met  en évidence plusieurs
          améliorations réglementaires (2,6 %) et   qui freinent encore la transformation du   priorités qui résonnent particulièrement
          une augmentation des investissements   système énergétique.  Ce  volet évalue  la   avec les  enjeux marocains. La  première
          dans les énergies propres (18,7 %).  qualité du cadre réglementaire, le niveau des   concerne la sécurité et la  flexibilité des
          L’Afrique subsaharienne a également   investissements, l’état des infrastructures, la   réseaux. La transition énergétique ne
          progressé grâce à un engagement   capacité d’innovation et le développement   se limite plus à installer des capacités
          politique et à des  flux  financiers plus   du  capital humain.  Le score  inférieur à  50   renouvelables,  qu’elles  soient  solaires
          importants. Le Nigeria a notamment   montre que le renforcement des conditions   ou éoliennes. Elle exige désormais une
          réalisé des progrès notables, passant de   opérationnelles  demeure  un  chantier  modernisation  profonde  des  réseaux  de
          la 109ème place en 2016 à la 61ème en   prioritaire pour soutenir l’accélération de la   transport et de distribution, afin de pouvoir
          2025. Ces tendances soulignent l’impact   transition.                intégrer une production intermittente et de
          croissant des réformes ciblées et des                                garantir la stabilité  du système électrique.
          stratégies de transition localisées sur les                          Le deuxième défi porte sur le coût du capital.
          différents  marchés.              TRANSITION ÉNERGÉTIQUE : UN        Le rapport souligne que les économies
          L’Indice de transition énergétique met                               émergentes, dont le Maroc fait partie,
          l’accent sur la nécessité d’adopter des  CONTEXTE RÉGIONAL DIFFICILE
          stratégies adaptées au contexte, car les   La position du Maroc s’inscrit dans une   supportent des coûts de financement deux
                                                                               à trois fois plus élevés que les économies
          systèmes énergétiques évoluent dans   tendance plus large observée dans la   avancées. Cette réalité freine le déploiement
          un contexte de pressions climatiques, de   région Moyen-Orient,  Afrique du Nord et   optimal  des  investissements  privés  et
          conflits et de fragmentation économique.   Pakistan (MENAP), qui enregistre en 2026
          Les  progrès  durables  dépendront  un recul global de 0,9%. Cette baisse est   ralentit la mise en œuvre de projets
                                                                               structurants, pourtant indispensables pour
          également de la résilience, de l’adaptabilité   principalement due à un affaiblissement   atteindre  les objectifs  nationaux.
          et du  renforcement  de la coopération   de la sécurité énergétique et de la
          régionale et mondiale.                                               Enfin, la valorisation du capital humain et le
                                            préparation à la transition, deux dimensions   renforcement de l’innovation constituent
          LE MAROC 72  DANS L’INDICE        particulièrement sensibles dans un contexte   un levier essentiel pour franchir un nouveau
                       E
          ETI 2026
          Alors que la dynamique mondiale en matière
          de transition énergétique s’essouffle, le
          Maroc se maintient au 72e rang de l’indice
          ETI 2026 du Forum économique mondial. Si le
          Royaume s’en sort bien sur la performance
          de son système actuel, le rapport met
          en lumière l’urgence de moderniser
          ses infrastructures et ses cadres de
          financement pour sécuriser l’avenir.
          Dans son dernier  rapport, le Forum
          économique mondial a mis en lumière un
          essoufflement global de la dynamique de
          transition  énergétique.  Dans  un  contexte
          international de plus en plus fragmenté,
          marqué par des tensions géopolitiques
          et des contraintes structurelles, le Maroc
          poursuit  sa  trajectoire,  mais  se  heurte  aux
          mêmes obstacles que de nombreuses
          économies émergentes: transformer des
          ambitions de long terme en avancées
          concrètes,  malgré  un  environnement
          mondial  sous  pression.
          Dans le classement mondial couvrant 120
                                                                           ENERGIE & STRA TÉGIE | 2  ÈME  TRIMESTRES  2026
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